Emotions fortesPar Michka :: 14/07/2007 à 10:38 :: Réflexions
Il est de ces matins où je ressens tout avec une sorte d'amplification et je suis hypersensible, capable de passer du rire aux larmes. Longtemps j'ai détesté cette caractéristique qui me rendait la vie difficile. Dans ce refus, je ne voyais que le besoin de maîtriser les émotions pour devenir "comme tout le monde" ... Aspiration que connaissent tous les gens "différents": besoin de ne pas s'exclure par des réactions différentes des autres, besoin de coller à l'identité commune, aux normes qui sont acceptées socialement, à ce qu'on nous dit que nous "devons" faire, à la façon dont nous "devons" réfléchir, nous comporter...Bref, tout ce qui tue l'individualité au profit du groupe homogène, tout ce qui empêche d'être vraiment soi-même dans le respect des particularités de chacun. Evidemment, au-delà des apparences, on est toujours dans le conflit entre la puissance qu'on peut trouver dans sa propre personnalité et en suivant son propre chemin intuitif, face au pouvoir que la société voudrait avoir sur ses moutons...Maintenant, j'ai changé, j'ai appris l'acceptation de toutes mes "composantes" et surtout cette sensibilité exacerbée qui me faisait pleurer de joie ou de tristesse plein de fois, tout le monde trouvait ça démesuré, inadéquat! J'ai appris à comprendre que c'est parce que "tout le monde" était dérangé par mes torrents de larmes et que "tout le monde" était déstabilisé par ma différence. Et, du coup, j'ai compris que les autres étaient juste "comme moi": avides de rentrer dans le rang, de ne pas se distinguer du commun afin de ne pas se situer en marge ou simplement, parfois, ignorants même de cette possibilité d'être uniques, individualisés. Toujours cette vieille notion sociale de privilégier l'ensemble, ne pas être égoïste. En réalité, certains n'ont pas envie d'en savoir plus sur eux mêmes et d'avancer vers la réalisation de soi, ils ne savent pas que c'est un pas vers le bonheur ou préfèrent rester dans leur position actuelle de subir les choses au lieu de les accompagner, se laisser porter par elles comme un radeau sur l'eau de la rivière: tantôt calme dans une zone où l'eau s'apaise et se glisse dans les recoins d'une prairie verdoyante, tantôt trouble quand elle s'oublie dans un pré marécageux en une mare insalubre, tantôt tumultueux quand la pente du terrain la fait devenir torrentielle et qu'elle emporte sur son passage les déchets qui s'accumulaient le long de ses berges. Ne demandons plus à notre compagnon de combler nos manques affectifs, donnons-nous les moyens de recevoir de l'amour en offrant à l'autre ce que nous avons de meilleur et donnons-nous à nous-même la tendre écoute que nous exigeons de l'autre, écoutons nos désirs fous, nos fantaisies, nos tristesses puériles, écoutons nos blessures, nos douleurs physiques, notre corps qui nous dit tout et soyons autonomes dans nos couples. Nous y gagnons en ambiance sereine, en mutuelle compréhension, en réciprocité. Ne demandons pas à nos enfants de réaliser à notre place ce que nous avons négligé de faire dans notre propre jeunesse, ou que nous avons raté, laissons les suivre leur propre voie et faisons donc nous-même maintenant ce dont nous rêvions enfant! Osons! Ne demandons pas à nos amis de répondre à nos demandes de compagnie, de présence, d'écoute active... unilatéralement, prouvons leur aussi que nous sommes disponibles, que nous ne désirons jamais les changer, essayons de ne pas les conseiller comme si notre avis seul était "le bon", faisons leur confiance pour gérer leur propre vie et écoutons-les, regardons-les, reconnaissons leurs qualités, remercions les de nous accompagner, y compris avec leurs critiques, leurs jugements, car c'est aussi quand les choses ne sont pas faciles qu'on peut trouver l'impulsion de changer. Quand nous sommes sur le chemin de la réussite, de l'accomplissement, de l'éveil, nous le sentons car nous connaissons des moments particuliers: nous sommes ainsi atteints jusque dans nos cellules par la beauté de la vie, celle émanant du chant de l'oiseau, de la vie d'un brin d'herbe, du pleur d'un enfant, du frétillement du poisson, des tornades qui détruisent, des soleils matinaux qui se lèvent toujours...On acquiert ce recul, cette élévation qui permet de ne plus être dans le bon et le mauvais, mais d'accepter la vie inconditionnellement et d'aimer les gens de la même manière...en ressentant pleinement les émotions qui les traversent comme elles nous traversent mais en ne les retenant pas, en ne les mettant pas non plus en stand-by... Les émotions nous font vibrer de douleur, de plaisir, de peur, de joie, de colère, d'envie et génèrent en nous des sentiments, des intuitions. Elles sont sources de vie, de changement, d'évolution, de développement, de maturité. Les gérer ne signifie pas les étouffer en les retenant, en les masquant, en "faisant semblant de" ne pas en avoir. C'est un mensonge personnel auxquels beaucoup d'entre nous sommes si habitués qu'il devient impossible à démasquer et c'est le plus sincèrement du monde que nous pouvons dire "c'est comme çà, c'est pas grave, ça va passer". Tout passe mais apprivoiser ses émotions, les "caresser dans le sens du poil", leur souhaiter en quelque sorte la bienvenue et en tenir compte comme des signaux d'alarme est nettement plus porteur! On a vite bien pris le coup pour les refouler! Elles nous révèlent souvent des besoins que nous avons pris l'habitude de négliger ou nous disent ce qui est important pour nous; exemple, une émotion de joie nous dit que nous aimons vivre ou ce que nous recherchons. Ou bien elles deviennent un mode de communication: ainsi, la colère est la plus belle manière de manifester notre insatisfaction. Alors, si parfois, vous vous sentez comme moi ce matin avec des antennes qui frémissent et captent tout ce qui les touche et le ressentent profondément, alors je vous en prie, laissez monter cet irrésistible fou rire ou laissez affleurer à vos paupières ou couler abondamment sur vos joues des larmes dont vous ne savez pas pourquoi elles arrivent. Car il n'y a jamais trop de rire: rions pour rendre le monde gai. Il n'y a jamais trop de larmes: pleurons pour libérer le monde qui souffre.Belle journée à vous, mes amis connus et mes frères inconnus. Michka Commentaires
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